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Тургенев Иван Сергеевич - Письма (Июнь 1867 - июнь 1868), Страница 9

Тургенев Иван Сергеевич - Письма (Июнь 1867 - июнь 1868)


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tag hat es mich gefreut, mein Buch zu ge-ben, obwohl ich ihn persönlich nicht kenne4. Entschuldi-gen Sie die Commission, die ich ihnen aufbürde.
   Sonst geht hier Ailes gut. Viardot ist hergestellt und wir arbeiten schon an unserer dritten. Oper {Далее зачеркнуто: Freita}5. Sonntag geh' ich auf eine Woche nach Paris. Am 15-ten April ziehe ich über - die "Chambre de Pietsch" ist schon jetzt fertig und erwartet ihren Bewohner6.
   Viel Grüsse alien Freunden - leben Sie recht wohl.

Ihr I. Turgeneff.

  

2208. МОРИЦУ ГАРТМАНУ

9 (21) марта 1868. Баден-Баден

  

Baden-Baden.

Schillerstrasse, 7.

d. 21 März 1868.

   Lieber Freund, was Sie mir von meinem Bûche sagen, hat mich sehr erfreut1. Sie haben Recht: Feinde genug hat mir das Ding gemacht2; aber ein einziger Freund, wie Sie, wiegt Tausende von jenen Feinden auf. Und am Ende muss eben jeder ehrliche Kerl mit Dem heraus, was er für die Wahrheit halt, mag es auch auf ihn selbs zurückprallen. Mit "Väter und Kinder" hab' ich angefangen meine Sache zu verderben3; jetzt bin ich vielleicht der unpopulärste Mann in ganz Russland: ich habe die nationale Eitelkeit verletzt - und die verzeiht noch weniger als jede andere. Thut nichst! Wird sich schon machen! Magrer bin ich davon nicht geworden4.
   Ich glaube aber nicht, dass "Rauch" sich zum Uebersetzen in's Deutsche eignet; das Zeug ist doch zu russisch. Sie können es natürlich besser beurtheilen: ich zweifle dennoch sehr.
   Dass Sie den "Ueberflüssigen" übersetzt haben5 - ist mir lieb: es steckt in der Sache ein Stuck wahres Leben. Wenn Sie mal Zeit haben, lesen Sie {Далее зачеркнуто: mal} den "Antschar" in den "Scènes de la Vie Russe" - und sagen Sie mir Ihre Meinung darüber6.
   Ich muss es doch wiederholen, dass die Idee, Sie zum Uebersetzer meiner Sachen zu haben, mich nicht wenig stolz macht.
   Ich gehe auf eine Woche nach Paris, kehre dann nach Baden zurück und reise Ende Mai nach Russland. Sieht man Sie nicht hier bis zu der Zeit? Das ware doch recht schön! Die ganze Familie Viardot grüsst bestens; ich drücke Ihnen die Hand und grüsse Ihre liebenswürdige Frau.

Ihr I. Turgeneff.

  

2209. H. A. КИШИНСКОМУ

9 (21) марта 1868. Баден-Баден

  

Баден-Баден.

Schillerstrasse, 7.

Суббота, 9-го/21-го марта 1868.

   Любезный Никита Алексеевич, я сегодня - в день, когда по русскому поверию прилетают жаворонки и начинается весна,- получил первые два векселя Ник. Ник<олаевич>а. Благодарю Вас за аккуратность и прошу Вас таким же образом выслать и два остальные. Камень у меня-именно, как Вы говорите - свалился с груди1.
   Прошу Вас прежде всего стараться об уплате мценских купцов {Так в тексте публикации.}; что же касается до моих денег, т. е. до денег, которые Вы должны были мне выслать, то в случае нужды я могу без них здесь обойтись, и потому Вы имейте это в виду и высылайте мне 1000 р., если это можно сделать бег отягощения: не иначе. Во всяком случае более 1000 р. я с Вас не потребую.
   Благодарите от моего имени Ивана Петровича2 за все его хлопоты и за дружескую ссуду Вам денег.
   Я выеду из Бадена в конце апреля и к Николину дню (9-го мая) непременно прибуду в Спасское3. До того времени мы еще несколько раз спишемся.
   Благодарю Вас и желаю Вам всего хорошего.

Ив. Тургенев.

  

2210. ПОЛИНЕ БРЮЭР

12 (24) марта 1868 (?). Париж

  

Chère petite,

   Je suis ici depuis ce matin, mais je ne puis partir que vendredi, à onze heures. Attendez-moi ce jour-là à dîner.
   Je vous embrasse et au revoir.

J. Tourguéneff.

  

2211. ПОЛИНЕ ВИАРДО

12 (24) марта 1868. Париж

  

Paris,

rue Laffitte, hôtel Byron.

Mardi, 24 mars 1868.

   Chère Madame Viardot, il est 9 heures; je viens de prendre un excellent bain et me sens tout rafraîchi après une assez vilaine nuit. Je pouvais pourtant m'étendre - mais le sommeil ne venait pas. Nous sommes arrivés à 5 h(eu-Bes) bien exactement. La première chose qui me frappe en entrant au bain est une énorme réclame de ce bon Hetzel au sujet de "Fumée" dans le "Journal des Débats"1. Ne pouvant pas dormir, voici les vers dont je suis péniblement accouché (duo du 1-er acte - avec la fin de phrase de Paul)2:
  
   Lui
  
   C'est bien vous, vous que j'adore.
   Je vous trouve.- Oh! quel transport!
   Et mon âme s'ouvre encore
   A l'espoir d'un heureux sort!
  
  
   Considérez cela
   comme un monstre3,
   mais composez
   dessus.
   Elle
   Si du tyran que j'abhorre,
   Ne me sauve votre effort,
   C'est encore vous que j'implore
   Pour me sauver par la mort.
  
   A deux
  
   C'est un rêve
   Qui nous enivre tous deux.
   Qu'il s'achève
   Sur la terre ou dans les cieux!
  
   Il me semble dans ce moment que cela n'a aucun sens. Enfin, je tâcherai de faire mieux. Pour le moment je m'élance à travers Paris et j'achèverai cette lettre avant 4 heures pour qu'elle puisse partir. J'ai trouvé des billets de Ducamp, Pomey, Mme Delessert, ma fille, etc.
  
   3 heures.
   Je rentre. Pour bien faire, je devrais parler nègre4. Costume d'ogre commandé - magnifique! Deux perruques, deux barbes, des bottes, etc., etc. Puis, déjeuner chez Pomey - Jeanne a la grippe, Thérèse a la figure tout encroûtée, Pomey pâle et maigri - du reste très content d'avoir de vos nouvelles. Ses portraits (le vôtre en Norma) déjà expédiés pour l'Exposition - il paraît que c'est vraiment très beau5. Bavardé, bavardé. Puis chez Hachette - manuscrit à Charton ponctuellement remis (brochures et lettres envoyées à leur adresse) - puis chez Hetzel. Rebavardé. Il a voulu absolument lire "Colibri" en épreuves6. Extrêmement resté content; insisté pour que rien ne soit changé. Allé chez Mr N. Tourguéneff. Toute la famille à la maison. Albert devenu colossal; Г Hercule Farnèse est un joujou à côté de lui - parlé, parlé; acheté ci-joint photographie de Nilsson - pas encore en costume d'Ophélie7. Dîne ce soir à 7 heures chez Mme Delessert - vais à l'instant chez Buloz. Faèade du Grand Opéra aussi colifichet que possible, petit, joli, mesquin, aussi peu monumental que possible - c'est le rêve d'une cocotte8. Enormément de vilaines figures sales dans les rues - beaucoup de nouvelles maisons, l'une plus vulgaire que l'autre. Beaucoup, beaucoup pensé à Bade - voudrais y être - et si Diosquiere, y serais bientôt.
   Impossible d'écrire davantage, je commencerai une lettre ce soir. En attendant, je vous embrasse tous et vous serre à vous, theuere Freundinn, les deux mains aussi fort que possible.

Der Ihrige

J. T.

   P. S. Le costume d'ogre sera rouge et noir avec un justaucorps couleur peau (chamois).
  

2212. ПОЛИНЕ ВИАРДО

12, 13 (24, 25) марта 1868. Париж

  

No 2

Paris.

Hôtel Byron, rue Laffitte.

Mardi, 24 mars 68. 11 1/2 h. du s.

   Theuerste Freundinn, je suis très fatigué et je vais bientôt me coucher. J'ai vu vers 5 h. Mr L. Buloz et il a consenti à ne pas faire de changements1 - puis je suis entré un moment à la Régence - j'ai vu jouer aux échecs2 - puis j'ai dîné chez Mme Delessert avec Mr de Nadaillac et Mr C. de Rémusat. On a causé de choses et d'autres: cela n'a pas été très amusant. Mme Delessert a bien vieilli - mais elle est toujours bonne et charmante au possible. Mr de Nadaillac vous fait dire mille choses. J'ai bu en rentrant un verre de bière autrichienne et voilà. J'en ai déjà assez de Paris - et voudrais être de retour dans le cher Bade. Ce tohu-bohu m'irrite. Mme Delessert m'a parlé avec beaucoup d'amabilité de mon livre3: à la "Librairie Nouvelle" on m'a dit qu'il se vendait pas mal. Demain matin je fais 100 000 visites: le soir j'irai peut-être au théâtre - je ne sais auquel. "Hamlet" m'effraie un peu4. Enfin nous verrons. En attendant, bonsoir.
  
   Mercredi, 9 h. du matin.
   On vient de m'apporter votre lettre qui m'a fait le pius grand plaisir - sauf une petite phrase sur le "flambage" probable de cette même lettre... Il faut que je proteste contre de pareilles suppositions!! Je vous conjure de m'envoyer "Le Nocturne" (duo); quand ce ne serait que pour asticoter Flachsland5! A 1 heure je vais chez Gérard, qui aura eu le temps de ruminer votre petite missive. Mme Nélidoff vous a dit les mêmes choses qu'à moi - elle se répète donc? A son âge! Je n'ai pas du tout compris la phrase sur son toucher à l'orgue - et pourquoi èa devient faux au troisième accord6; (elle me l'avait dit) - et vous? Mlle Schroeder chante ce soir dans "Rigoletto"7 - je crois que je vais lâcher "Hamlet". "L'œil-crevé" a bieades charmes aussi8.- Il fait ici un temps superbe - mais froid; ne le dites pas à Mlle Berthe. Dieul que je voudrais donc être de retour à Bade... Il me reste encore une semaine - 7 joursl
  
   4 heures,
   Je rentre à l'instant ahuri, exténué - je n'ai que le temps de vous embrasser tous et de vous dire que je continuerai ma lettre - ou plutôt que j'en commencerai une autre {car j'expédierai celle-ei) - ce soir, après être rentré du théâtre, où nous allons avec Aignan voir "Hamlet"9.
   Mille amitiés à tout le monde. Ich küsse mit Inbrunst Ihre lieben Hände.

Der Ihrige J. Tourguéneff.

   P. S. En allant à la poste je tâcherai de pêcher une photographie10.
  

2213, ПОЛИНЕ БРЮЭР

13 (25) нарта 1868. Париж

  

Mercredi.

Hôtel Byron, rue Laffitte.

Chère Paulinette,

   Je ne puis partir que samedi à 11 heures et je m'empresse de t'en avertir pour que tu prennes tes mesures en conséquence, Mais samedi pour sûr.

Je t'embrasse. J. Tourguéneff.

  

2214. ПОЛИНЕ ВИАРДО

14 (26) марта 1868. Париж

No 3

  

Paris.

Hôtel Byron, rue Laffitte.

Mercredi, minuit. <67>. {Неверная дата в тексте проставлена рукой П. Виардо.}

   Chère Madame Viardot,si vous vous souvenez du feuilleton de P. de St.-Victor sur "Hamlet"1 - sachez que ce qu'il a dit est la vérité même. C'est le vide absolu que cette musique - c'est froid, impuissant, insipide, nul,- sans couleur, sans vie - un zéro, quoi! Les deux seules jolies choses - sont des airs suédois. Je me hâte de dire que Nilsson est vraiment charmante2 - et qu'on ne peut rien voir de plus gracieux que sa grande scène au 4-me acte. Comme physique, comme manières - imaginez-vous Mlle Holmsen extrêmement idéalisée: elle a aussi ces petits mouvements brusques de la tête et des bras - cette sorte de raideur et de sac-ca-dé dans la prononciation; il paraît que c'est suédois - mais le tout est attrayant, pur et virginal - d'une virginité presque amère - herb - comme disent les Allemands. La voix est très jolie - mais je crains qu'elle ne puisse résister longtemps à "l'urlo francese"3? Faure est toujours "magistral", d'une tenue et d'une diction irréprochables - mais il vous ennuie à la longue: c'est un professeur qui chante - je dirais même qu'il y a du prud'homme, de l'élève de Brard et St. Omer - au fond de ce poétique et mélancolique baryton, de ce poseur perpétuellement noyé dans un nuage de vanité béate4. Le libretto est tout simplement absurde: au dernier acte, le spectre du papa apparaît au su et au vu de tout le monde, même du roi criminel et ordonne à Hamlet d'aller percer le flanc de ce tyran, ce que l'autre exécute à la satisfaction générale - et le tyran se fait tuer avec résignation - comme un lièvre dans une battue - le spectre étant le batteur et Hamlet le chasseur5. Les décors sont admirabilis-simes, les costumes aussi, la mise en scène splendide - jamais je n'ai rien vu de plus beau que la représentation de la pièce devant la cour au troisième acte. En résumé, et pour me servir de l'expression d'Aignan, ce malheureux Thomas voulant mettre du Shakespeare en musique, fait l'effet d'une puce s'efforèant de soulever un omnibus: c'est misérablement manqué, mais il faut voir Nilsson. La salle était pleine - et au premier rang - dans leur loge - L. L. M. M. l'Empereur et l'Impératrice - qui sent restés jusqu'à la fin! J'ai assidûment lorgné l'ami de Viardot6 - et je l'ai trouvé aussi laid que possible - j'ai pu en fin découvrir sa bouche sous ses moustaches - qui est lippue, de la même couleur que la peau du visage - repoussante; mais le sourire lentement goguenard, qui se promène de l'œil droit ou plutôt du coin de l'œil droit {Далее зачеркнуто: jusque; dans la; sur.} le long de la joue flasque et ridée - est le même - et que V le sache bien, ce que cet homme a eu d'intelligence, n'a pas bronché, j'en mettrais ma main au feu après l'avoir vu. C'est un être blasé, fatigué - mais pas du tout malade7. Il y a eu une dizaine de cris de V l'E à son entrée parmi les Romains - voilà tout.
   L'Impératrice a les joues bien pendantes et en général l'air d'une cocotte sur le retour. En voilà assez pour ce soir. Je vais me fourrer dans mon lit.
  
   Jeudi matin. 8 h.
   Il faut pourtant que je vous dise ce que j'ai fait hier dans la matinée: visites - chez Mme Marjolin - absente, les parents Bruère - absents; les Leonard - présents. Mme Sitchès très vieillie - les autres allant bien et l'air content; - Lanfrey; trouvé à la besogne8. Il a fort bonne mine - le crâne tout dénudé, ce qui lui fait un front immense.- Je lui ai raconté notre vie à Bade - cela lui a fait venir l'eau à la bouche; - lui-même résigné - avec amertume - voyant pourtant un certain progrès en province.- Aignan. - Causé Bade, chasse; puis nous sommes allés m'a-cheter chez Froidavaine un superbe tapis d'escalier avec un marchoir, qui doit être expédié aujourd'hui au nom de Viardot, que je prierai de payer pour le port et les frais de douane.- Acheté les 5 exemplaires de "L'Apologie"9 - elle se vend assez bien.- Dîné chez Brébant avec le gros Khanykoff - mangé des huîtres; le soir au théâtre. Rencontré Robert Thal.- Pas trouvé Gérard; rendez-vous pour demain.
  
   Jeudi. 3 1/2 h.
   J'ai reèu ce matin les lettres que vous m'avez envoyées ainsi que les gentils billets de mes deux petites amies, auxquelles je répondrai ce soir même10.- Il fait très froid ici, quoique sans neige.- Carjat a fait ce matin mes photographies11 - j'ai déjeuné avec Hetzel - j'ai été voir Pomey - puis chez le costumier pour mon costume qui sera superbe.- Je dîne chez Mr Tourguéneff avec une vingtaine de personnes, invitées pour moi; grand merci de votre lettre; j'y répondrai aussi ce soir. Envoyez-moi l'adresse de Manuel à Londres12. Je vais à Rougemont samedi13. Mille amitiés à tout le monde; ich küsse Ihre Hände.

Der Ihrïge J. T.

  

2215. КЛОДИ ВИАРДО

14 (26) марта 1868. Париж

  

Paris.

Hôtel Byron,

rue Laffitte.

Jeudi, 26 mars 11 h. 1/2 du soir.

   Chère Didie, il est juste que je te réponde - puisque tu m'as écrit et je le fais avec beaucoup de plaisir. Voyons, veux-tu que je te décrive ma situation présente? Je suis dans une chambre au troisième étage où il fait très chaud; j'ai trop mangé à dîner et je me sens lourd - des voitures roulent à chaque instant dans la rue, quoiqu'il soit bien tard; un homme passe en hurlant à tue-tête un air d'opéra franèais. On n'entend que "hâou, hâou, je t'ai-hai-me-hâouhâou". J'ai un voisin qui crache, tousse, éternue, etc.- j'ai comme du sable dans les yeux et je voudrais être à Bade à voir ta gentille petite frimousse et à tenir ta main que j'aime beaucoup, quoiqu'elle soit un peu grande. Je n'ai été qu'une seule fois au théâtre jusqu'à présent et je ne m'y suis guère amusé; cependant il y avait au troisième acte un décor qui ressemblait tout à fait à un tableau de P. Veronese. Cela t'aurait plu ainsi que Mlle Nilsson1. Au théâtre il y avait devant moi un monsieur, dont la tête était fort extraordinaire - juges-en toi-même:

 []

   Ce monsieur paraissait s'amuser énormément, car toute sa tête était rouge et les oreilles tournaient au violet. Il applaudissait beaucoup et ses mains étaient aussi rouges. N3 - Les petits ronds qu'on voit représentent des gouttes de sueur.- J'avais une furieuse envie de les essuyer avec un mouchoir! - Mais il en serait venu de nouvelles!
   Je t'envoie une assez jolie photographie de Mlle Fioretti, une danseuse qui a gentiment sautillé dans cet affreux cauchemar d'"Hamlet"!
   Je vais demain à Rougemont voir ma fille; je serai de retour ici lundi matin - et mardi soir je me mets en wagon et je rrrrrrroule à Bade2.
   Ainsi au revoir au 1-er avril sans poisson! Et en attendant je t'embrasse.

Ton vieil ami

J. Tourg.

  

2216. ПОЛИНЕ ВИАРДО

14, 15 (26, 27) марта 1868. Баден-Баден

  

No 4

  

Hôtel Byron,

jeudi, 26 mars, 11 h. du soir,

   Theuerste Freundinn, il y a une heure à peu près que je suis revenu du dîner chez Mr N. Tourguéneff1. J'y ai vu le prince Troubetzkoï, qui m'a semblé maigre et changé - il se dit très malade - il m'a donné des nouvelles de Bellefontaine2; Mme de Peyronnet, qui est très engraissée; mon traducteur (traditore), le prince Augustin Golitzin3, qui est bien niniche; Mr Khanykoff, Mr Mohl et un ci-devant prince Gagarine, devenu père Gagarine, en abbé catholique; le comte Mouravieff-Amourski et sa femme. On a été très aimable avec moi, on a parlé des opérettes4 et de "Fumée"5; Mme de Peyronnet m'a fait des reproches a?sez langoureux - mais je suis resté d'une politesse glaciale: si cette brave dame croit que je lui ai pardonné,.. L'éternité n'est pas encore passée et il en faudrait quatre!! Et encore6! On m'a mis à table à côté du père Gagarine, qui jouit ici de la réputation d'un homme d'esprit; j'ai trouvé un assez plat bavard à la faèon de Moscou - avec une pointe de jésuite peu agréable et un geste de prêtre attendri qui consiste à se frapper alternativement les deux... parties de la poitrine avec les mains posées à plat. Il buvait et mangeait ferme, et sa soutane (car il porte soutane) répandait une odeur aigre et grasse. Le p-ce Troubetzkoï le regardait avec vénération. Moi, je pensais à Bade.
   J'ai reèu une immense lettre du docteur Frisson sur "Fumée"; il en est très content et me le dit en phrases qui rappellent comme d'habitude la tournure un peu emphatique de 93 et 94 - mais dont le sens est élevé et viril, Je vous montrerai cette lettre: je lui répondrai dès aujourd'hui7, d'autant plus qu'il s'étonne beaucoup dans un post-scriptum de n'avoir pas reèu de nouvelles de Viardot.
   Il est probable que je ne verrai ni Mlle Schroder, ni Theresa8, ni Flaubert; je devais dîner aujourd'hui avec lui chez Ducamp - mais j'ai dû refuser l'invitation. Peutêtre le verrai-je demain matin. Mlle Schroder chante à peu près cinq fois par semaine, mais elle est tout à fait au troisième rang.
  
   Vendredi, 4 heures.
   Je viens d'avoir une longue conversation avec Mr Gérard - la tortue paresseuse - qui m'a dit du reste qu'il vous avait écrit la veille: vous savez donc à quoi vous en tenir. Le résultat de tout ceci est qu'il croit vous avoir rendu des services énormes, qu'on ne peut pas le changer, ni même lui faire comprendre pourquoi vous n'êtes guère contente de lui, et qu'un beau jour il faudra se jeter dans les bras de Flaxland, qui ne demande pas mieux. Quelle nécessité avez-vous de vous inféoder à ce vieux pingouin? Ah! si j'avais quelque chose à montrer à Flachsland!! Voyons, vous recevrez cette lettre demain samedi à 10 1/2 h; si vous m'envoyez quelque chose, le nocturne, p e, dimanche, pour que je le reèoive lundi matin? Je ne ferai que le montrer à Flachsland, parole d'honneur! Je vous assure que c'est là une idée excellente!! Faites cela, пожалуйста.
   Vous me dites dans votre lettre d'aujourd'hui que vous avez achevé le chœur des fileuses9. Bravo!! Vous allez voir que nous ferons une opérette digne des deux premières10! Je vais demain à Rougemont11 pour revenir lundi à 11 h. du matin à Paris.
   A propos d'achats à Rastatt, je viens de lire dans les journaux que Ms Christophe et C-ie ont une fabrique à Carlsruhe. C'est bon à savoir.
   J'au vu aujourd'hui le vieux c-te Kisselef, qui tombe en ruines - et qui lit "Fumée" avec plaisir12! Je dîne chez Pomey et je vais peut-être ce soir à "Rigoletto" pour Mlle Schroder13. A demain les détails.
   A mercredi! En attendant, je vous embrasse tous, à commencer par Viardot - und ich küsse Ihre Hände. Der Ihrige.

J. T.

   P. S. La photographie d'aujourd'hui est destinée à Viardot. C'est celle de Duruy, le ministre de l'Instruction publique, l'ennemi des cléricaux.
  

2217. ВИЛЬЯМУ РОЛЬСТОНУ

15 (27) марта 1868. Париж

  
   Hôtel Byron.
   20, Rue Laffitte.
   Paris.

Paris.

Vendredi, 27 mars 1868.

Monsieur,

   Je suis arrivé ici il y a trois jours et je repars après-demain pour Bade; je profite de mon séjour à Paris pour vous envoyer deux exemplaires de mon ouvrage - l'un en russe, l'autre en franèais1.
   J'ai bien vivement regretté la perte de ce pauvre Ben-ni - et ce que vous dites de lui dans le journal que vous avez eu la bonté de m'envoyer, m'a profondément touché2! Avec Benni a disparu un trait d'union - et ils sont si rares! - entre nos deux pays. Il ne sera pas facile à remp lacer.
   Je vais à Moscou au mois de mai et j'y reste une dizaine de jours; je serais bien aise de vous y voir et de vous rendre tous les services qui dépendront de moi3. Vous saurez facilement mon adresse au Bureau du "Messager Russe" chez Mr Katkoff.
   Acceptez l'expression de mes sentiments les plus distingués.

J. Tourguéneff.

   P. S. Il n'y a rien encore de positif sur la traduction de "Дым"; je profiterai de votre permission pour vous en informer, si quelque chose s'arrange4.
   На конверте:

Angleterre.

W. Ralston, Esq-re.

London.

British Museum.

  

2218. ПОЛИНЕ ВИАРДО

15, 16 (27, 28) марта 1868. Париж

No 5

  

Paris.

Hôtel Byron.

Vendredi, minuit.

   Theuerste Freundinn, j'ai été ce soir au Théâtre lyrique et j'ai entendu les trois premiers actes de "Rigoletto"1 avec Mlle Schroder. Avant de vous parler d'elle, je ne puis m'empêcher dem'exclamer: oh! que ce théâtre est tombé, ce théâtre où avaient retenti les nobles accents d'"Orphée"2! Ce n'est plus qu'un théâtre de province de 3-ème ordre: orchestre de province, public de province (No. Tout le monde, hommes et femmes autour de moi, avait les mains sales et les ongles noirs: les plus élégants se les nettoyaient avec des cure-dents); le ténor, Mr Puget - aurait été sifflé et battu à Carpentras3 - et quels costumes! quels choristes! Un directeur d'orchestre de 20 ans qui battait la mesure à contretemps - les instruments jouant cahin-caha - et la salle à moitié vide!! Quant à Mlle Schroder - sa figure est bien en scène: le jeu est nul, le geste gauche et monotone, la physionomie sans expression, la prononciation défectueuse; - la voix paraît toute petite, petite, surtout au commencement; mais elle chante très bien, très juste - avec beaucoup de goût et de grâce. C'était beaucoup trop fin pour le public - et pour les braillards qui l'entouraient. On la fait chanter tous les jours à la lettre, depuis que le personnel sérieux de Mr Carvalho4 est à la Renaissance5 - et elle paraît découragée - se ménage tant qu'elle peut et semble ne penser qu'arriver au bout de l'ouvrage. Pour vous tout dire - elle passa son air au troisième acte. Je n'ai pu rester jusqu'à la fin - j'avais promis d'aller chez Mme Mohl, cette vieille brave femme de 100 ans, si étrange et qui professe des sentiments si tendres à mon égard. Elle reèoit tous les vendredis. J'y ai vu Lau-gel, Lanfrey, Scherer, Dupont-White, Renan, auquel je n'ai pas voulu me faire présenter: il me déplaît, ce séminariste "délicat"6. Sa femme était là aussi, énormément engraissée. Il paraît décidément que mon livre a du succès: on m'en a fait des compliments7. J'ai fait connaissance avec Liebreich, le célèbre oculiste: c'est un des plus fins visages que j'aie jamais vus. Il m'a parlé avec admiration de Helmholtz, son maître.
   J'avais dîné chez Pomey, auquel j'au dû raconter en détail le sujet du 3-ème opéra et qui brûle déjà du désir d'avoir ses morceaux et de les chanter8.
   Mais quel effet la musique de Verdi m'a fait après celle de Mr Thomas9! Il me semblait être transporté en plein soleil après avoir erré dans je ne sais quel brouillard épais et humide. On a au moins un musicien devant soi - et non un monsieur qui s'évertue à ne rien dire en employant force subjonctifs. Oh! la science des impuissants! Y-a-t-il quelque chose de plus agaèant et de plus insupportable!
  
   Samedi. 8 h. du matin.
   Je pars dans deux heures pour Rougemont et j'en reviens après-demain matin; je vous écrirai dès ce soir10 - mais vous n'aurez ma lettre qu'après-demain, de faèon qu'il y aura un jour de vide... Mais non! il n'y en aura pas-puisque cette lettre arrivera demain! Je vous demande pardon de l'expression ambitieuse de vide; vous comprenez ce que je voulais dire. C'est à moi que la journée de demain n'apportera pas de lettre!
   Je vous en conjure - envoyez-moi quelque chose à montrer à Flachsland11... vous aurez encore le temps.
   Ecrivez au docteur: il semble un peu blessé du silence qu'on a gardé après son départ12.
   Mille et mille amitiés à tout le monde en commenèant par Viardot; viele Küsse Ihren lieben Händen.

Der Ihrige

J. Tourg.

  

2219. ПОЛИНЕ ВИАРДО

16 (28) марта 1868. Ружмон

No 6

  

Rougemont.

Samedi, 28 mars 1868.

10 heures du soir.

   Theuerste Freundinn, je suis arrivé ici à 4 1/2 h.- et j'ai quitté Paris sans avoir reèu une lettre de vous; peut-être est-elle arrivée un quart d'heure après mon départ. Je ne puis pas dire que j'ai voyagé sans encombre, car dès la première station j'ai été pris de violentes coliques - et j'ai subi toutes les misères d'un voyageur qui a à lutter contre des impossibilités. J'ai risqué une ou deux fois de rester en chemin... j'ai fait des bonds prodigieux et désespérés. Enfin je suis arrivé.- Pauline est grasse et fraîche - elle est pourtant dans son 6-ème mois1. Son mari va très bien; la maman Bruère, qui est aussi ici - se tortille comme par le passé - peut-être un peu moins,- Je n'ai pu absolument rien manger - j'ai remplacé mon dîner par une conversation vive et amimée: j'ai déterré de vieilles anecdotes moisies, qui ont pourtant fait leur effet.- La campagne qui est ici aussi laide qu'en Brie, me paraît moins avancée que chez nous à Bade. Peu ou point de feuilles aux arbres.
   Imaginez-vous ce qui m'arrive (ceci est pour le 1-er avril - aussi je vous avertis d'avance... lisez cela aux petites en omettant la parenthèse) - c'est inouï, c'est incroyable et certainement Claudie et Marianne vont s'écrier: "Ah! il ne nous trompera pas! Ah! c'est un poisson d'avril!" Mais cela ne peut pas en être un, puisque je le déclare d'avance: j'ai fait hier au théâtre la connaissance d'un monsieur bien mis, pas jeune; nous causons - je lui trouve un accent allemand - il se trouve qu'il est Prussien, bon musicien d'ailleurs à en juger par ses observations - très comme il faut... Au moment de nous séparer au Café de l'Univers - nous échangeons nos cartes... Et je manque tomber à la renverse de surprise... Le nom de ce monsieur se trouve être... Massenbach! - Théodor v. Massenbach2 - (je vous envoie cette carte). Il remarque mon étonnement - me questionne... Ma foi! Je lui raconte tout.- Il s'étonne de son côté, rit beaucoup, me questionne sur vous, sur votre famille... il professe pour vous la plus vive admiration - et finalement me déclare qu'il serait bien étonnant et bien drôle, s'il venait lui-même à Bade le 1-er avril - d'autant plus qu'il doit retourner en Allemagne dans deux ou trois jours pour aller à Augsbourg qu'il habite; qu'il n'avait aucune idée d'aller à Bade - mais que la plaisanterie serait trop bonne pour y résister.- Je lui assure que les petites ne croiront pas un seul instant à son existence, qu'elles le prendront pour un poisson; il affirme qu'elles seront forcées de se rendre à l'évidence - qu'elles verront bien qu'on ne peut pas les tromper de la sorte: je lui offre un pari - il l'accepte - et voilà que très probablement vous aurez chez vous à Bade un Massenbach au 1-er avril! Dites que cela n'est pas surprenant! - J'ai dû lui promettre que je le présenterai à Viardot et à vous et j'espère que vous ne me ferez pas mentir à ma promesse, d'autant plus que c'est un homme très distingué.- Mais n'est-ce pas que c'est extraordinaire?
   Je pars d'ici après-demain dans la matinée - mais je vous écrirai encore demain soir - et, si Dios quiere, mercredi je suis à Bade. En attendant, je vous embrasse tous - à commencer par papa Viardot - und ich küsse lhre lieben Hände.

Der fhrige

J. T.

  

2220. H. A. КИШИНСКОМУ

21 марта (2 апреля) 1868. Баден-Баден

  

Баден-Баден.

Schillerstrasse, 7.

2-го апр./21-го марта 1868. Четверг.

   Любезнейший Никита Алексеевич, вчера я вернулся сюда после десятидневной отлучки в Париж - и, к крайнему изумлению, не нашел от Вас ни одной строчки. В последнем Вашем письме Вы извещали меня, что Вам хотели возвратить два орловских векселя 3-го/15-го марта,- но, видно, Вами неделю спустя, т.е. 10/22-го марта, их не доставили - ибо в противном случае они должны были бы уже здесь быть, так как письма из Спасского приходят сюда в десятый день. Пуганая ворона куста боится - и я начинаю тревожиться, уже не выкинул ли мой почтенный дядюшка какую-нибудь штуку - или не придумали ли в Орле новый крючок? Пожалуйста, успокойте меня на этот счет! Пока это дело не будет совершенно сдано в архив, я всё буду сомневаться.
   Поклонитесь от меня Ивану Петровичу - и не забывайте подготовить мне высылку денег.
   Остаюсь истинно Вам доброжелательствующий

Ив. Тургенев.

   P. S. Известите меня также, остался ли Ник. Ник. в Катушищах и не переезжает ли к себе в Карачев.
  

2221. ЖЮЛЮ ЭТЦЕЛЮ

21 марта (2 апреля) 1868. Баден-Баден

  

Bade.

Schillerstrasse, 7.

Ce 2 avril 1868.

Mon cher ami,

   Encore une petite corvée: vous aurez l'extrême obligeance d'envoyer sous bande un exemplaire de "Fumée" en Angleterre, à Londres à l'adresse de W. Ralston, London, British Museum,- pour remetttre à Mr Thomas Car-lyle. Je vous en serai très reconnaissant et j'espère ne plus vous ennuyer davantage.
   J'ai trouvé ici tout mon monde bien portant - et Bade plus vert que Paris.- Mme Viardot m'a demandé si je vous avais bien dit qu'on vous aimait beaucoup à Thiergarten; j'ai répondu que j'avais rempli cette commission et que vous ue doutiez pas que vous aviez de bons et vrais amis à Bade; pourtant je vous le répète encore pour plus de sûreté - car j'imagine que cela ne doit pas vous faire du déplaisir.
   Mille amitiés et compliments.

J. Tourguéneff.

  

2222. H. A. КИШИНСКОМУ

25 марта (6 апреля) 1868. Баден-Баден

  

Баден-Баден.

Schillerstrasse, 7.

6-го апр./25-го марта 1868.

Любезный Никита Алексеевич,

   Получил я Ваше письмо с жалобою на медленность орловского суда и, главное, пожалел о Ваших бесплодных поездках и последовавшем нездоровье. Если вопрос только в проволочке, то с этим еще можно помириться? вот было бы худо, если б всё дело на попятный двор пошло! Но это невозможно,
   Посылаю Вам проект о богадельном доме в Спасском е приписанным мною одобрением.
   Для разъездов в Спасском, если случится охотиться, я бы весьма удовлетворился тарантасом, но только не тряским, ибо есть такие, сидя в которых нужно крепко стискивать зубы, чтобы душа не вылетела. Если тарантаса удобного не имеется, то можно бы таковой приобрести, если не дорого запросят"
   Сапоги я с собой привезу, да кстати и повара, ибо Савельева кухня и в молодые его годы не слишком была аппетитна.
   Ждите меня от нынешнего числа через два месяца, никак не позже, вероятно, даже раньше.
   Остаюсь истинно Вам доброжелательствующий

Ив. Тургенев.

  

2223. ВИЛЬЯМУ РОЛЬСТОНУ

26 марта (7 апреля) 1868. Баден-Баден

  

Bade.

Schillerstrasse, 7.

Ce 7 avril 1868.

Cher Monsieur,

   J'ai retrouvé, à mon retour ici, votre lettre avec le numéro du "Spectator" contenant votre article sur mon roman1. Recevez mes remerciements pour la grande bienveillance de votre appréciation; je dois ajouter que toutes mes intentions ont été relevées par vous avec autant de finesse que d'exactitude.
   Je suis très heureux et très fier du souvenir que Mr Th. Carlyle veut bien me garder et je vous prie d'avoir la complaisance de lui transmettre mes meilleures salutations2.
   J'attends avec impatience votre article sur Ostrofski dans l'"Edinburgh Review"; je crois que c'est là une nouvelle figure dans le monde dramatique3. Je me permets d'appeler votre attention sur le nouveau roman du C-te L. N. Tolstoï - "La Guerre et la Paix": "Война и мир"4. A côté de longueurs et de maladresses - il y a des beautés de premier ordre - et c'est certainement le livre russe le plus intéressant qui ait paru depuis longtemps. Son succès est retentissant.
   Vous serez bien aimable de me faire savoir l'époque à peu près exacte de votre départ pour la Russie; je ne pourrai quitter Bade que vers le commencement de juin et je me rendrai tout droit à Mo

Категория: Книги | Добавил: Armush (26.11.2012)
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